L’émoi.
Je suis toute seule sur le trottoir. Il fait un vent terrible, je suis balayée contre la balustrade du pont, comme un navire je roule, à droite, à gauche, déjà je ne sais plus où je suis.
Au loin une silhouette avance, penchée contre le vent, elle semble couper en deux l’impossible tourment.
C’est un homme, jeune, à la coupe approximative, de cheveux comme de veste. Il traîne à son épaule un sac en bandoulière, couleur café crème. Il ne lève pas souvent la tête, semblant suivre ses pas, ou bien sachant la route les yeux fermés.
Tout à coup je le reconnais.
Un coup de vent impromptu me bloque contre la rampe métallique, je m’y accroche, sauvée par ce soutien inattendu.
Mes cheveux longs, depuis longtemps démêlés de leur tresse, jouent à colin maillard sur mon visage, j’en avale quelques uns au passage, ma bouche est ouverte de stupeur et j’en tremble.
Je crois qu’il pleut. En tout cas, le métal froid est humide, je glisse, ou bien ce sont mes jambes qui me tirent en avant, je ne sais pas.
Je n’ose espérer qu’il me voie, je voudrais qu’il ne me voie pas, je suis perdue, il m’a vue.
Ses joues ont rosi, c’est peut-être le froid aussi, il est de l’autre côté du pont, qu’allons nous faire?
Je ne compte pas sur mes jambes, elles sont anesthésiées, je ne compte pas l’appeler ou lui suggérer quoique ce soit, je suffoque, je préfère attendre, avant que mon coeur ne s’expulse lui même de ma poitrine où il ne semble plus battre à son aise.
Mes connecteurs nerveux doivent se rassembler, j’en ai un besoin urgent, ils doivent me sortir de cette situation où mon corps me met, l’immobilisme en marche.
Il me fait la bise, un joue à joue sec et poli, moite et nerveux. Il a les lèvres sèches, je le vois elles sont blanches, je ne sais pas ce que je lui dit, j’ai perdu le contrôle.
Ses mains sont dans ses poches, les miennes toujours sur la rambarde, je finis par croiser les bras, ne voulant pas paraître statique.
Ca fait longtemps qu’on ne s’est pas vus, la surprise est de taille, et toi tu vas où, tu fais quoi, ah bon histoire, et tu habites Saint Martin, ah c’est sympa comme quartier…j’ai un copain aussi, non tu ne savais pas, ah, oui, non, peut-être.
Le débit de ma voix est maladroit, je me sens idiote, il est tellement beau, je suis si quelconque, et il me parle, qui suis-je?
Nous nous éloignons à nouveau, je tente de retrouver ma place sur la planète à défaut en direction de la fac, je coince un sourire indélébile sur mon visage, on s’est parlé, il vient boire un café mardi.
Je dois aller acheter une cafetière.
Une cafetière..pas un café!
Je souhaites de tout mon coeur que ce genre de rencontre ne m’arrive jamais!
noese cogite
21 février 2009 à 12 12 58 0258
Ah bon? pourquoi?
tifenn
21 février 2009 à 13 01 25 0225