A la volée

Quelques mots en passant…

Trouble #3 bis, Louis.

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Finalement tu es arrivée… j’allais repartir car je n’y croyais plus…

Tu as surgi dans l’espace thé désert à cette heure-là avec un énorme sourire et les yeux fièvreux.

Je me suis levé et t’ai tendu la main pour te convier à ma table.

Tu m’as tendu la joue comme à notre première rencontre mais je n’ai pas su résister à la tentation.

Le 1er pas devait bien être fait par un des 2.

Te concernant je ne savais pas si tu le ferais.

J’avais déjà imaginé cet instant solennel presque toutes les nuits depuis ma venue ce week-end là.

Alors j’ai déposé un baiser dans ton cou…

J’aurais bien aimé le graver sur tes lèvres mais je ne pouvais pas.

Pas ici.

Dans ce lieu où tout le monde te connaissait.

Je ne voulais pas ternir ta réputation de jeune mère.

Et puis à la serveuse qui me demandait sans cesse “vous êtes seul ou accompagné?”, je répondais à chaque fois “j’attends ma soeur…elle ne devrait pas tarder…”.

Tu as accepté sans broncher mon premier baiser. Tu as même eu la gentilesse de me laisser quelques secondes de plus à cet endroit, pour que je respire ton parfum…

Nous nous sommes assis et avons parlé.

Pas dos-à-dos comme au petit-déjeuner, mais face à face…

Durant près de 2 heures, nous avons presque refaits le monde.

Yeux dans les yeux.

Et puis, nous avons quitté cet endroit qui fermait pour le bord de mer, plus tranquille et aussi à l’abri des regards.

Dans le petit sentier de sable, qui serpentait jusqu’à la mer, tu m’as pris la main sans parler.

Tu l’as serré très fort.

Et puis, nous avons stoppé notre marche et nous avons échangé notre premier vrai baiser.

La pluie commennçait à tomber.

Cela ne nous a pas perturbé et nous avons rattrapé le temps perdu, l’un contre l’autre…

Louis.

Rédigé par tifenn

24 juin 2009 à 17 05 54 0654

Publié dans fiction, vos mots.

Trouble#3

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J’arrivais essouflée sur la place où je mis mon vélo contre ta mini toute rutilante. Elle avait beau être vieille, son allure la rendait intemporelle.

Je te voyais à travers la baie éclairée du café, tu finisssais un verre de vin. Tu t’étais fait beau, ta mèche un peu rebelle sur l’oeil, j’étais rouge, encore avec ma robe portefeuille, la plus confortable de ma garde robe. Mes cheveux étaient cachés par un turban coloré, pleins de sel. Depuis ces quelques jours où je fuyais la maison, j’avais eu le temps de prendre quelques couleurs sur le sable…j’étais aussi rouge des joues que du dos.

Tu t’es levé, fébrile, tu ne m’as pas tendu la main mais les deux, emprisonnant mes coudes pour que je me retrouve face à toi.

Je tendis ma joue, la droite toi la gauche, nos nez se sont rencontrés nos souffles ont frôlés nos lèvres. Nous aurions pouffé comme des adolescents si le fou rire nerveux ne m’avait pas saisie.

Nous nous sommes assis maladroits, on nous regardait de tous côtés.

Je te trouvais tout à coup trop loin de moi, je voulais plutôt sentir ton corps près du mien que croiser ton regard, celui ci ayant l’air de me mettre bien mieux à nu que ta peau.

Nous avons magnifiquement fait semblant, tu me parlais d’elle, comme tu l’aimais, tu étais heureux, mais si occupé, je te parlais de mes chats, de mon pays, de la famille que je n’avais plus.Nous étions bien à nous lancer des regards bavards, en taisant les mots les plus importants.

Je t’en voulais un peu de m’avoir fait cette surprise, je n’avais pas pu me préparer, porter les dessous qui me fasait sentir belle, ni coiffer mes cheveux comme une princesse, décatie la princesse.

Bras dessus bras dessous, nous avons marché le long de la plage. Je portais encore mon maillot pas toi. Tu n’as pas osé me rejoindre et pourtant le coeur de mes lèvres battait à tout va.

J’étais quitte pour une douche fraîche en rentrant chez moi, me disais-je, dépitée.

Et puis minuit a sonné.

Rédigé par tifenn

24 juin 2009 à 17 05 53 0653

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Trouble #1 et 2 bis, les textes de Louis. Il.

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Je suis arrivé avec elle. Après un voyage éprouvant. Jusqu’au dernier moment, elle refusait de venir. Elle ne voulait pas de ces « vacances ». Elle préférait le confort souple de notre grande maison au siège peu confortable de notre vieille Mini. Elle avait horreur de cette vieille voiture… qui lui cassait le dos… et me tannait depuis des mois pour la remplacer. Mais j’y tenais trop… trop de souvenirs… avec elle… et avant elle…

Lorsque nous avons sonné au petit portail, nous étions sous le charme de ta belle maison bretonne. Ancienne et classique. De granit et de chaume…

Tu es sortie de la maison par une baie vitrée latérale. Jeune, jolie et très souriante. Je m’attendais plutôt à te voir vieille et grinçante … et cela m’a surpris. Agréablement surpris.

Du coup, j’en ai perdu un peu mon latin en me présentant. Tout comme toi d’ailleurs… Alors nous avons opté pour une poignée de main censée briser la glace. Je ne sais pas pourquoi mais je t’ai fixé droit dans tes jolis yeux verts… et je ne la lâchais plus. Toi non plus d’ailleurs… Et alors j’ai perdu toute contenance… J’étais perdu, noyé dans ton regard doux… même si mon visage restait de marbre et ne le montrait pas. Mais Elle s’en est aperçu et t’ a salué à son tour en prenant le relais.

Ensuite nous avons pris un café sur ta terrasse, au soleil, et avons profité de la vue exceptionnelle sur le golfe. J’ai retrouvé mes mots et finalement le courant est bien passé entre nous. Je te laissais discuter avec Elle et je me contentais d’acquiescer ou pas de temps à autre. Néanmoins, je remarquais que tu évitais souvent de me fixer car à chaque fois cela te troublait…

Je le voyais à tes doigts qui se serraient les uns contre les autres d’un geste de repli. Mécanique et crispé. Et à ton teint qui rougissait légérement telle une adolescente… L’heure tournait et j’ai arrêté votre discussion culinaire Nous étions attendus au mariage. Nous étions presque en retard. On s’est vite changé pour des tenues plus cérémoniales.

Ellle en robe fourreau, soyeuse, rouge, avec des dormeuses aux oreilles discrètes mais brillantes juste ce qu’il faut. Et moi dans mon nouveau costume gris, avec une chemise au col coupé, légérement ouverte car j’avais chaud, et ma cravate non encore nouée. Nous t’avons salué et tu nous a sincèrement complimenté sur nos tenues. Comme j’étais caché derrière mes Wayfarer,  tu n’as pas vu ma gêne immense. Et pourtant ton compliment m’a transpercé de toute part.

Le lendemain, je suis descendu le premier… dans la cuisine pour petit –déjeuner …avec un mal de tête atroce… A cause des mélanges de vin… Et puis aussi j’avais assez peu dormi… Je t’ai retrouvé et j’ai vécu d’heureuses minutes en ta présence. Tu as  engagé la conversation  et naturellement, comme si on avait fait nos études à la fac ensemble, j’ai osé te poser quelques questions sur toi… Tu m’as même confié certaines choses sur ta vie… sans détours… Cela était d’autant plus facile que tu étais le dos tourné et que moi je te parlais le regard dans mon bol de café… Nous étions comme à confesse finalement… Ma timidité naturelle était donc contournée…

Finalement l’heure de rentrer dans le Sud est arrivée. J’ai voulu te faire la bise. Tu m’as tendu la joue. Elle a senti mon trouble… en moi… en nous ?

Ma main sur ton épaule tremblait.

J’espère un jour te revoir…

Trouble #2

Je pensais à toi très souvent. Pour ne pas dire tous les jours. Même si j’avais une vie familiale très heureuse.

Un soir, je me décidais à te recontacter car j’avais un déplacement professionnel dans ta région. Je t’envoyais un mail. Je prenais comme prétexte de te demander des conseils sur un hébergement. Je savais que tu ne serais pas disponible. Mais je te proposais quand même une rencontre à mots couverts.

Ta réponse m’a assez déçue car tu m’as proposé une adresse à l’autre bout de ton département. Une façon de ne pas me revoir… alors que ta commune comptait 14 autres gîtes et 3 hôtels…

Je ne pourrais donc pas respirer à nouveau ton parfum si fleuri et me noyer dans ton sourire. Arghhhh…

Mais je décidais de passer outre tes conseils et de faire à mon idée.

Je réservais donc une petite chambre sur la place de ton village et advienne que pourra.

Le jour où je suis arrivé, j’ai fait en un jour ce que je devais faire en 3 jours.

J’ai bouclé mes rendez-vous et rédigé comme un forcené mes papiers.

En fin d’après-midi, je t’ai même croisé en vélo, avec ta tenue légère, ton joli pantalon blanc,  mais tu n’as pas fait attention à ma voiture de location. Tu étais détendue et souriante, visiblement l’esprit ailleurs…

Alors seul dans ma chambre, j’ai enfin pris mon Iphone et j’ai osé t’envoyer un mail de rendez-vous. Au café de la Place.

J’ai attendu une heure…

Mais tu ne venais pas…

Rédigé par tifenn

23 juin 2009 à 21 09 45 0645

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Trouble #2

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Je pensais à toi tous les jours. Dans ma solitude, tu faisais le point d’orge, le rayon X qui perçait ma journée.

Un soir, je déambulais sur mon écran bleu, un méchant “clong” me fis savoir qu’un message était arrivé sur l’une de mes boites aux lettres.

Un déplacement professionnel te faisait revenir dans ma région, tu voulais des conseils pour un hébergement. Tu savais que je ne serais pas disponible. Mais tu me le demandais quand même à mots couverts.

Je gardais sur mon épaule le tremblement de ta main, et l’odeur de ton parfum avait longtemps frissonné mes narines. Personne encore ne m’avait croisée dans la rue, dans ma vie avec ce petit vent du désir.

Je t’indiquais donc une adresse qui te conviendrait, un havre de paix où ton masque de citadin pourrait tomber, où personne ne tiendrait rigueur d’un certain laisser aller vestimentaire, la cravate au placard.

Bien sûr, je refusais de te rencontrer.

Tu m’avais donné des dates de passage, je m’arrangeais pour m’absenter physiquement de chez moi ces jours là, et pour penser à autre chose, je prenais du bon temps au centre de Thalasso, terme que j’applique à tout bord de mer littéralement vaseux, finissant mes journées éreintantes de soleil dans les meilleurs restaurants de fruits de mer du coin.

Ainsi, mes pensées pouvaient s’évanouir dans le vent, les plus fantasmagoriques ne pouvant survivre à la brulure de l’astre au mitan de la journée.

Néanmoins, ta présence, ou ton absence, était cruelle.

A la fin de la période critique, je regagnais ma longère, un peu triste, un peu soulagée, fière de ne pas avoir succombé, triste de cette lacheté. Résister face au vide, c’est plus facile que se confronter au réel n’est ce pas?

Ma maison était sombre, il faisait nuit, je m’empressais d’allumer quelques bougies, toujours préférables pour soigner les bobos à l’âme.

Et j’allumais mon PC.

Ton image s’imposa à moi dès le vrombissement du ventilateur.

Ta photo s’affichait en grand, tu avais par un de tes stratagèmes, pénêtré mon intimité secrète, celle de mes pixels les plus refoulés, et tu m’annonçais en grand que tu n’avais pas pu venir à temps, que tu serais là ce soir (il y avait une heure déjà) au café de la Place.

J’y courais.

Rédigé par tifenn

22 juin 2009 à 15 03 41 0641

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Trouble

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Tu es arrivé avec elle. Vous étiez beaux, grands, forts.

Tu te tenais droit, tu t’es présenté, tenant ma main dans la tienne en disant ton prénom, tes yeux dans mes yeux.

Je n’ai pas su quoi répondre, je bafouillais déjà.

Elle avait un sourire magnifique. Toi, tu ne souriais pas.

Vous avez pris un café, avec moi sur la terrasse, il faisait étonnament beau en ce début de printemps. Le vent avait calmé ses ardeurs, les miennes battaient la chamade.

Vous étiez invités à une soirée dans un lieu prestigieux et vous êtes allés vous changer.

J’ai alors vu passer la ville à la campagne, la tour Eiffel faisait une pause dans le champ de vaches. Somptueux.

Elle, dans sa robe fourreau, soyeuse, rouge, avec des dormeuses aux oreilles discrètes mais brillantes juste ce qu’il faut.

Et toi.

La cravate encore à fixer en homme habitué à ne la mettre qu’au dernier moment, d’une main sûre. La chemise au col coupé, ouverte sur ton torse imberbe, halé du soleil du sud.

Je n’ai pas vu autre chose, tes yeux cachés derierre tes lunettes dernier cri, celui des années 80.

Mais tu avais une prestance. Royale.

Le lendemain nous nous sommes croisés, tu étais fatigué, encore triste, tu ne souriais donc jamais? Tu t’approchais de moi pour me poser des questions, tu étais dans mon dos, mais si proche, à me toucher, je n’osais pas tourner la tête j’aurais eu peur de trouver ton visage près du mien, penché, attentif, ou plus…

Et puis vous êtes repartis, toujours beaux, mais ta solitude restait la même. Mais pourquoi cette faille?

Tu as voulu me faire la bise. Je t’ai tendu la joue. Elle a senti mon trouble, je crois, sachant bien l’effet que tu devais faire.

Ta main sur mon épaule tremblait.

Je tremble encore.

J’espère ne jamais te revoir, ou…

Rédigé par tifenn

16 juin 2009 à 22 10 25 0625

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Bleu

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Me faire plaisir…m’allonger en robe légère sur l’herbe courte.

myosotis

Me laisser porter par les nuages floconneux, ceux qui suivent un chemin mystérieux, qui dessinent le carré du ciel bleu, avec des formes rondes, comme les bulles de savon.

Fermer les yeux.

Sentir mes cheveux contre mon oreille, celle qui écoute le bruissement du vent, pendant que l’autre tente de s’assourdir du chant des oiseaux.

M’étourdir.

Ne plus savoir si je suis allongée ou debout, ne plus sentir le corps gourd, rien que la caresse de l’air sur la joue.

Une fourmi.

Elle est là pour me rappeler la terre, l’odeur de l’herbe, la lueur du soleil à travers mes paupières, elle me fait sentir que j’existe, de l’os de ma cheville au creux de mon genou.

Une voiture.

Oui, ce n’est pas un jour de vacances, les gens travaillent, se déplacent, vont d’un point à un autre, par necessité et parfois sans savoir cette torpeur qui me saisit alors que je vais m’endormir.

Comme je suis bien.

Bientôt je pourrais à nouveau passer le dos de la main sur mon menton, pour essuyer le jus de la pêche que je n’aurais pas pris la peine d’éplucher. Elle serait tombée de l’arbre devant moi, et je l’aurais ramassée heureuse du plaisir à venir, de la promesse du fruit.

L’odeur de la pâte à tarte effleurera mes narines dans la fin de l’après midi, juste prête à être sortie du four pour rassasier la faim des oisillons rentrés de la plage. Ils sentiront le sable mouillé, il y en aura dans leur cheveux, ils auront des traces de sel blanc sous le lobe de leurs oreilles, à la commissure de leurs yeux, dans la fossette de leur menton.

Je rêve.

Un oiseau pépie la même chanson perpétuelle à trois notes, il faut que je me renseigne pour savoir son nom.

C’est encore un beau jour.

Rédigé par tifenn

7 mai 2009 à 14 02 36 0536

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Lumière

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été

Les draps du lit sont rouges et ils sentent bon l’herbe coupée.

La fenêtre entrouverte laisse passer un peu de cette lumière du soir, dorée, jaune comme une feuille d’automne, ou bien ocre comme la terre du sud.

Les oiseaux font un bruit remarquable ce soir, ils étourdissent les sens si l’on prend la peine de démêler leurs voix, vainement.

C’est une des premières douches que je prends sans frissonner sur le carrelage blanc de la salle de bain.

Enfin je peux mettre ma nuisette sans que le tissu glissant ne coupe ma chair hérissée, frissonante. La crème bleue qui satine ma peau à laquelle je vais faire attention les prochaines semaines, a une fragrance si légère, qu’elle sera exclusive, propre à celui qui sera assez près de moi pour la ressentir.

J’ai fait le tri de mes tiroirs, j’ai écarté les cintres de ma penderie, mettant de côté les lourdes matières de laine ou de cuir doublé, ne gardant que l’émouvante minceur de la soie ou du lin, souvenirs de saisons passées chaudes et ensoleillées.

Dehors, le cri des enfants résonne encore contre le bois de la terrasse. Ils dorment à présent, bien que la lumière du jour qui tombe leur fasse croire que l’on peut encore courir. Quelques voitures passent encore dans la rue, mais déjà quelques instants de silence s’installent.

C’est bientôt l’été.

Rédigé par tifenn

4 mai 2009 à 9 09 16 0516

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Seule.

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Parfois, je suis seule…je veux dire, seule géographiquement, personne à surveiller, personne à qui répondre en urgence, pas d’avis à donner, rien.

La solitude.

C’est bien rare que cette solitude soit accompagnée d’inactivité. Etre seule,  c’est avoir du temps pour rattraper le retard de tout ce qui n’a pas pu être fait en temps voulu, c’est prendre du temps pour faire un truc que tu avais envie de faire depuis longtemps,  quelque chose d’utile quand même, être seule ce n’est pas “perdre” du temps.

La solitude productive.

Et puis, la solitude du rien. Celle où tu regardes partout, devant, derrière, sur les côtés, non, rien à faire, rien à ranger, rien à fabriquer, rien à dire.

Tu t’assois. Inconsciemment peut-être tu te dis “il faut que je fasse quelque chose”, mais tu n’en n’as pas le temps, non, cette solitude de rien, ce vide pour toi, ce temps que tu ne perds que dans l’action de ne rien faire, il est trop court.

Et puis soudain, tout revient.

Tout?

Oui, tout ce à quoi tu n’as pas eu le temps de Penser, perdue dans tes activités utiles, dans tes actes pratiques, dans ton bazar de rangement.

Ton esprit trouve à t’occuper. Tu es seule, assise parce qu’il faut bien que tu sois quelque part, tu ne fais rien, du moins en apparence parce que tes neurones se sont rebranchés en direct et tu ne peux rien faire d’autre, même pas ne pas penser.

Voilà. Tu as un problème.

Tu as bientôt quarante ans et tu voudrais un enfant. Et ça, ton esprit l’avait bien gardé caché, il se disait que tu aurais bien le temps, mais là, il saisit l’occasion de cette pendule à l’arrêt, ces deux secondes qui te paraissent mille ans. Tu veux être enceinte pour ressentir cette importance de la vie portée, ce sacré-coeur à l’abri des regards mais couvé du regard de tous.

Tu veux accoucher, dans la douleur ou non, mais ressentir la délivrance, la fusion de l’acte accompli et de la vie donnée.

Tu veux avoir cette chair sur la tienne, chaude et visqueuse encore, qui s’agrippe à ton sein comme Dionysos à la vigne.

Tu veux la peau douce, plus douce que la soie du Pandoro, plus doux que le duvet de la feuille verte qui point à peine de la branche souple.

Tu veux le sommeil confiant, celui qui s’endort sur toi, lourd, abandonné, qui sait que cette vie entre tes mains est la plus précieuse au monde.

Mais.

Mais tu sais que ton corps a mille tourment, de son sang jusque dans ses articulations, il te rappelle qu’il n’a plus vingt ans. Tu sais que ton temps d’essais t’es compté, tu en as déjà passé deux, combien en reste t-il?

Tu sais que si ton corps est extensible, ton amour infini et multiplicateur, tu sais que le quotidien peut user de mille maux pour te dire que non, il ne faut pas, on ne pousse pas les murs avec un cri d’enfant, on n’assure pas sa vie avec une caresse de bébé, on n’obéit pas à son coeur quand la raison a de plus forts arguments pour dire non.

Ta solitude te rend lucide, elle t’assomme, elle te réduit en poussière, elle ne laisse rien de toi.

Seule. De corps et d’esprit.

Rédigé par tifenn

24 avril 2009 à 13 01 14 0414

Publié dans Bio

“Cachez moi ce Sein…”

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Elle m’attend.

Ou bien j’ai cru entendre qu’elle m’appelait, mais ce n’est qu’une illusion, et c’est moi qui attend.

Trois semaines de vacances à la maison et notre petit rituel a lieu chaque soir vers 18 heures.

Là, je me prépare. Mes mains se tordent. Je dois y aller mais j’ai peur, comme à chaque fois. Le dégoût l’emporte parfois sur la nécessité, l’incompréhension  sur la gène.

J’attends ma petite fille. Je l’ai appelée, je lui disais que j’étais prête et je commence à avoir un peu froid. Je ne sais pas pourquoi je lui demande ça. Elle est si jeune, 13 ans, mais je ne peux pas le demander à ma fille ni à mon mari. Je ne veux pas. Elle seule le voit, c’est bien suffisant, elle a de toute façon appris à ne pas désobéir, je suis sa grand mère quand même.

Bon, j’y vais.

Je ne lui parle pas vraiment, mon esprit est ailleurs, je me concentre sur mes gestes; sa peau est blanche et lisse, au contact direct de l’os, sans élasticité. Je ne suis pas aussi grande qu’elle, ce qui me permet de voir directement l’endroit où je dois appliquer la crème. Elle ne peut pas le faire seule, ce mouvement que le bras doit faire pour passer dans le dos, ce geste simple est trop douloureux.

Je suis venue aussi loin les voir, pour me reposer de l’opération. Avoir chaud. Les revoir peut-être avant de mourir. J’ai plus de 70 ans et je souffre. J’ai bien conscience que c’est difficile pour ma petite fille mais si elle savait tout ce par quoi je suis passée…peut-être qu’elle l’imagine d’ailleurs, il n’y a peut-être pas que la politesse à bien vouloir masser ma cicatrice.

Mon Dieu comme j’ai mal pour elle. La cicatrice est encore rouge, longue, laide, défigurante. Je n’ose pas trop la toucher, mes doigts passent dessus très doucement, légers, je ne sais pas si je le fais bien, nous ne parlons pas.

Je lui montre ce qu’il y a de pire pour moi. Mon corps atrophié. Je suis très pudique, c’est comme cela depuis toujours, je ne montre pas mes jambes au dessus du genoux, je suis toujours à quatre épingles, je suis fière de mes cheveux blancs, ils ont tenus, ils ne sont pas tombés avec les rayons.

Je vois bien qu’elle serre les dents. Elle ne se regarde pas dans le miroir qui lui fait face dans la chambre d’amis, mas chambre quand nous ne recevons personne. Je ne la regarde pas non plus, j’ai peur de croiser ses yeux, sa dureté, sa faiblesse.

Ils m’ont enlevé un sein.

Et je dois m’estimer heureuse de ne pas avoir perdu les deux ont ils dits.

Heureuse? je ne le serais plus jamais.

Elle ne peut plus mettre sa ceinture de sécurité dans la voiture quand elle conduit. Elle adore conduire et je crois qu’elle attend qu’un agent la verbalise pour défaut de ceinture. Elle dit: “alors, je dégrafferai mon chemisier et je lui montrerai ma prothèse! on verra bien la tête qu’il fera!”

Sa prothèse. Elle est enveloppée dans un tissu fin comme un collant et elle glisse entre les doigts quand on ne la saisit pas correctement. C’est étrange de voir comme c’est lourd un sein.

Mais je suis sûre qu’elle le trouve encore plus lourd depuis qu’elle ne l’a plus.

Voilà, elle a fini. Je vais moins souffrir pendant quelques heures, mais ensuite…

Elle sort de la chambre, je remets mon soutien gorge, mon soutien prothèse, ce faux sein…je réajuste le poids du gauche sur celui du droit, ce sein vrai auquel je ne pensais pas tenir autant.

Qu’importe, je suis vieille. C’est à ma fierté, à mon père que je dois de tenir debout. Mais parfois…parfois, je suis cruelle au point de demander à une gamine de même pas quinze ans de mettre les mains sur la laideur d’une cicatrice de mastectomie. Elle oubliera peut-être.

Ou peut-être qu’elle fera attention à elle.

Rédigé par tifenn

9 avril 2009 à 20 08 14 0414

Publié dans Bio, Le temps de le dire

Eau

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la-cote-de-plougerneau-liliaElle est née dedans.

Chaque cellule de son corps pourrait identifier la goutte qui formait son manteau,chaque parcelle de la peau pourrait boire ces gouttes par millions.

Toute petite elle aimait les bains, plus grande elle aimait la mer.

Elle apprit ainsi à nager dans une eau chlorée, au goût désagréable, elle en était néanmoins l’amie, le soutien.

Elle comptait dans sa tête les brasses qui lui faisaient faire la longueur du bassin, d’abord celui de 25 m, ensuite celui de 50.

Là, elle se mouvait, légère, habile, fluide, comme les grains de sable qui s’échappent entre les doigts de la main, ceux avec lesquels elle joue quand elle se retrouve enfin là, près de l’eau.

La piscine, avec son carcan de béton, les vestiaires glissants, l’odeur piquante, la lumière électrique, le son qui résonne…tout cela disparaîssait quand elle plongeait la tête dans l’eau, qu’elle ne voyait plus que le tourbillon du nageur qui la précédait, qu’elle suivait la ligne des néons au plafond quand elle exécutait ses longueurs de dos crawlé, qu’elle reprenait son souffle agrippée à la fente qui longeait les plots de départ.

Elle pouvait nager n’importe quand. Il suffisait de la mettre face à l’élément liquide et elle redevenait poisson.

Un jour, un été, elle nageait dans l’Atlantique, cette mer fraîche où le mouvement seul réchauffe les muscles et les os; éloignée du rivage elle se sentait libre. Aucun nageur près d’elle, tous étant restés barboter près du sable, aucun n’ayant passé la barrière des vagues, elle su qu’elle pouvait encore plus forcer cette sensation de fluidité en ôtant son maillot. D’un geste elle le fit passer autour de son poignet, seule entrave qui lui permettrait de regagner la plage.

Jusque là, jamais l’eau ne l’avait d’aussi près touchée. Aucun tissu ne bloquant le glissement de l’onde, aucun élastique ne limitant ses gestes, elle ne fit plus qu’un avec l’élément. Elle aurait voulu fermer les yeux, se laisser couler et ne pas faire de bulles avec sa bouche en expirant l’air de ses poumons, n’être qu’un maillon, un noyau, une goutte perdue dans l’océan.

Elle se disait que peut-être alors seul son esprit continuerait d’exister, libre à lui de s’étendre à fleur de l’eau, de s’envoler dans le ciel bleu, d’absorber le tout constitué de ces riens dont on ne soupçonne l’existence qu’à la frontière du sommeil, ou d’un rêve dont le souvenir oscillerait avec la réalité. Son corps ne serait pas un poids, ni une charge, juste le contenant de quelque chose d’indéfinissable et sans limite.

Elle ne serait plus qu’une idée.

Rédigé par tifenn

2 avril 2009 à 15 03 01 0401

Publié dans Le temps de le dire